La mise en œuvre de la transformation numérique relève de la responsabilité de l’expert en technologie de l’information. Pour autant, l’instauration d’une culture de la transformation numérique au sein de l’entreprise ne lui incombe qu’en partie. La transformation n’est possible que si une véritable culture s’empare de l’entreprise. Plusieurs paramètres sont à réunir pour que cette culture s’impose dans l’organisation. Ils sont présentés au fil de cet article.

Les 6 principaux points à retenir

  1. Les entreprises performantes doivent tenir compte des impacts de la disruption digitale dans leur réflexion stratégique, mais aussi, chaque fois qu’elles créent un business model. Notamment, elles doivent analyser comment les différentes innovations technologiques vont être à l’origine de nouvelles offres de valeur pour leurs clients et leurs activités.
  2. Élaborer une méthode itérative qui fait obligatoirement intervenir toutes les personnes-clés de l’organisation. Autrement dit, les équipes travaillant dans le secteur de la technologie de l’information sont sollicitées ainsi que toutes celles des autres services de l’entreprise. La méthode itérative est à déployer pour identifier, développer, mettre en œuvre et contrôler la rentabilité des projets numériques.
  3. Privilégier trois principes : la conception centrée sur l’utilisateur, un design allégé et un design flexible. L’adoption de ce trio permet de mettre au point rapidement des prototypes concluants. Dans le même temps, il est recommandé de toujours tirer des conclusions des différentes expériences menées. Les résultats des tests qui sont organisés pour vérifier des hypothèses données méritent également une attention particulière. Enfin, la rapidité d’action est impérative.
  4. Apprendre à convaincre les dirigeants et les investisseurs. C’est une des conditions qui permettent d’obtenir le financement nécessaire pour continuer à faire des expérimentations et à constamment créer des produits dans le domaine numérique.
  5. Mettre en œuvre un  Leadership transformationnel et un Servant leadership. En combinant ces deux méthodes, il devient aisé d’attirer, de recruter, de fidéliser et d’élever davantage le niveau des employés dotés de compétences pointues. La présence de ces profils exceptionnellement compétents est indispensable dans un environnement qui est en train de subir une transformation numérique.
  6. Prendre en considération d’autres outils d’évaluation de la force d’innovation. Autrement dit, il ne faut pas se contenter de ceux qui ont déjà fait leurs preuves (engagement des clients, nombre de nouveaux produits, nombre de lancements de produits ou de services).

Aujourd’hui, le milieu économique se caractérise, entre autres, par l’existence d’un lien fort entre les opportunités d’affaires et les outils numériques. Parmi ces derniers, figurent les domaines suivants : le cloud, l’analyse des données, les médias sociaux et les applications mobiles. Désormais, les dirigeants, si tant est qu’ils soient visionnaires,  font endosser un nouveau rôle à leurs spécialistes de la technologie de l’information. Ces derniers ne sont plus considérés comme des experts opérant en arrière-plan : ils quittent le back-end pour se retrouver propulsés au premier plan. S’ils deviennent aussi importants pour l’entreprise, c’est parce qu’ils ont deux atouts. Primo, ils sont dotés de cette incroyable capacité à apporter rapidement des solutions à chaque problème. Secundo, ils sont particulièrement innovants. Une lourde tâche leur est confiée : celle de créer des stratégies centrées sur le client (la fameuse approche « customer-centric » ou «customer centricity »). Parallèlement, ces experts doivent continuer à trouver des solutions pour répondre aux besoins spécifiques de l’entreprise.

La compréhension des facteurs qui sont à l’origine de l’instauration et de la dynamisation d’une innovante culture digitale, passe par la compréhension du concept de « transformation digitale ». Celui-ci fait référence aux nouvelles manières d’utiliser les technologies numériques, d’organiser et d’exploiter les données, de gérer les personnes et d’optimiser les processus. Tout cela s’inscrit dans un objectif précis : créer un impact commercial positif dans un monde des affaires de plus en plus difficile à contrôler. La conception traditionnelle du secteur de la technologie de l’information accorde une grande importance aux compétences techniques. Par exemple, elle exige la maîtrise totale du codage. L’aptitude à gérer et à livrer des projets informatiques complexes, dans le respect des délais et des budgets, est également appréciée. À présent, les demandes des entreprises ont changé : elles concentrent leur attention aussi bien sur les savoir-faire techniques du professionnel que sur son comportement (et, donc, à sa personnalité). Actuellement, parmi les critères d’appréciation d’un profil figurent les compétences relationnelles, une connaissance approfondie du domaine d’intervention ainsi que la capacité à innover.

Maintenant que la « transformation numérique » est définie, il s’agit de déterminer ses principaux moteurs. Ou plutôt, la question est de savoir quels sont les facteurs qui favorisent l’implantation, l’ancrage, l’enracinement d’une culture de la transformation numérique dans une entreprise. Il est possible d’en nommer trois, qui sont, en fait, les trois plus importants : la stratégie d’entreprise, la dynamique entrepreneuriale et la gestion des talents.

Les trois moteurs de la transformation numérique

1) La stratégie d’entreprise

Pendant des années, les chercheurs et les professionnels ont unanimement reconnu que la technologie numérique est destinée à répondre aux besoins de l’entreprise. À l’heure actuelle, cette conception a évolué. Les experts en technologie de l’information n’apportent pas une réponse à une problématique existante. Ils sont appelés à anticiper les besoins de l’entreprise et à proposer des solutions à des problèmes susceptibles de se produire. Mieux encore, ils décèlent les opportunités à saisir afin d’accélérer la croissance de l’entreprise. Pour permettre cette démarche, de plus en plus d’entreprises adoptent la stratégie du capital risque. Autrement dit, elles prennent des participations dans des start-up innovantes qui évoluent dans le secteur technologique. Ces investissements vont de pair avec la mise en œuvre en interne d’une approche plus traditionnelle de la gestion de portefeuille IT.

Par ailleurs, des entreprises ont mis en place plusieurs dispositifs de gestion des innovations. Par exemple, certaines ont monté des équipes chargées de l’innovation et les ont intégrées au sein de chaque service. En contrepoint, elles ouvrent un département qui se consacre entièrement à l’innovation. Ce sont les Centres d’excellence et les Plates-formes d’innovation (ou pôles d’innovation).

2) La démarche entrepreneuriale

Pour encourager la transformation digitale, certaines entreprises n’hésitent pas à exploiter les techniques propres à l’entrepreneuriat. C’est ainsi qu’elles tirent parti des méthodes Agiles, plus précisément, du schéma Scrum. Elles mettent également à profit le Design thinking. C’est dans ce cadre qu’elles se servent de la technique du storytelling, qu’elles imaginent et traitent des scénarios impliquant des utilisateurs particulièrement difficiles, qu’elles utilisent le procédé de la cartographie du parcours client. Enfin, il existe des entreprises qui installent leurs salariés dans des espaces de travail ouverts et collaboratifs.

3) La gestion des talents

Dorénavant, le professionnel de la technologie de l’information est également un expert en innovations numériques. Ce spécialiste doit être capable à la fois de penser et d’agir. Il est appelé à adopter une approche prédictive (ou une analyse prédictive) aussi bien lors de la résolution de problèmes que dans la logique de la création. Pour répondre à cette exigence, une énorme faculté d’analyse (compétences analytiques) est indispensable, ainsi que la créativité et une aisance particulière à aller d’une situation à une autre. Par ailleurs, l’expert en innovations numériques pratique le leadership transformationnel (Transformational leadership). C’est un visionnaire, de surcroît. Il s’implique de façon proactive dans la résolution des problèmes tout en encourageant fortement l’autonomie et l’autodiscipline. Il prend des risques calculés, apprend de ses erreurs, est à l’écoute et est réceptif aux nouvelles idées.

Au vu de ce qui vient d’être expliqué, il est juste d’affirmer que la disruption digitale offre au secteur des technologies de l’information une grande opportunité : celle de tenir un rôle stratégique dans la transformation numérique. Tout bien considéré, ce secteur est le pilier du processus. Ce ne sont pas les technologies qui rendent une entreprise compétitive et rentable. C’est la présence en son sein d’une culture de l’innovation numérique. Au demeurant, un grand nombre d’entreprises florissantes en sont fortement imprégnées.

Lire l’article en anglais