Tisser des relations sociales est propre à la nature humaine. De récentes recherches ont démontré que le fait d’entretenir de bons rapports avec autrui stimule la créativité, favorise l’ouverture d’esprit, et même, aide à vivre plus longtemps. Malheureusement, il arrive que l’on n’accorde trop peu d’importance à la nécessité d’établir des liens sociaux. À ce titre, Adam Grant a constaté que peu d’Américains entretiennent une relation amicale sur leur lieu de travail. Il énonce deux raisons à cela : la pression exercée par l’obligation de respecter les délais, lesquels sont de plus en plus serrés, ainsi que les innovations technologiques qui se succèdent de manière effrénée. À la vérité, beaucoup d’entre nous ne prêtons aucune attention aux personnes avec qui nous travaillons : nous sommes plus stressés que jamais, et la moitié d’entre nous subit régulièrement des incivilités dans le travail. Comment créer des conditions favorables à l’établissement de liens amicaux dans ce qui est parfois un environnement hostile ? Il faut déjà, et c’est une certitude, beaucoup de compassion.

La compassion au travail

La compassion comprend quatre aspects :

  • la conviction qu’un collaborateur est en train de vivre une situation douloureuse et se trouve dans une grande détresse,
  • l’impression que sa situation est grave et peut avoir des conséquences désastreuses sur sa vie,
  • l’inquiétude pour ce collègue,
  • les différentes actions qui sont entreprises pour soulager sa peine.

La compassion peut être à l’origine aussi bien d’actions coordonnées entreprises en groupe que de petites initiatives menées à titre personnelle.

L’exemple de Patty est une illustration éloquente de cette notion de compassion. Après les funérailles de son mari, elle redoutait de reprendre le travail pour une raison bien précise : elle savait que l’absence d’un bouquet de fleurs sur son bureau lui ferait se sentir très mal. En effet, chaque lundi matin, de son vivant, son mari avait l’habitude de faire expédier des fleurs à Patty. Elles étaient déposées sur son bureau tôt le matin, avant son arrivée.

Pourtant, ce lundi-là, jour de sa reprise, quelle fut sa surprise en remarquant un bouquet qui l’attendait sur son bureau. En raison de la compassion qu’ils ressentent pour Patty, ses collègues prirent la décision de cotiser afin de lui acheter des fleurs, et ainsi, de poursuivre l’habitude de son défunt mari. Et durant toute une année, Patty a eu droit à son bouquet du lundi matin.

Voilà un exemple concret qui illustre comment la compassion est capable de créer et de raffermir les liens entre collègues au bureau. Et en plus, la compassion introduit l’altruisme dans l’environnement du travail, le rendant plein d’humanité. La question est maintenant de savoir comment apporter plus de compassion au travail. Voici quatre manières de procéder.

Apprenez à mieux repérer les personnes qui traversent une période difficile

Au bureau, les signes qui trahissent la souffrance d’un collaborateur, liée à des circonstances qui ont eu lieu dans sa vie privée, sont souvent très discrets. Dans le milieu professionnel, il est déconseillé de trop afficher ses émotions. Beaucoup s’efforcent d’oublier leurs problèmes dès lors qu’ils franchissent le seuil du bureau et font comme-ci leur vie est calme et paisible. Cette attitude permet difficilement de repérer les collègues qui sont en train de faire face à une épreuve pénible dans leur vie extra-professionnelle.

Pour contourner ce « piège », essayez d’aligner votre manière d’agir avec l’attitude de vos collègues. Autrement dit, soyez attentifs à leurs comportements et réagissez en conséquence. Dans le même temps, montrez-leur que vous êtes toujours disponibles, aussi bien psychologiquement que physiquement. Autrement dit, vous leur signifiez indirectement que vous êtes disposé à les écouter et à leur donner un coup de main s’il le faut. La combinaison de ces deux démarches met les autres en confiance, ce qui permet de recueillir leurs confidences et de mieux comprendre ce qui leur arrive.

Faites preuve d’habileté lorsque vous faites vos investigations

Parce qu’il est d’usage de séparer vie professionnelle et vie privée, le fait de poser des questions d’ordre personnel à un collègue est perçu par beaucoup comme une impertinence. En conséquence, il est indispensable de savoir mener votre petite enquête sans donner l’impression d’empiéter sur la sphère intime. Une simple mais chaleureuse interrogation du style «Vous allez bien ?» permet de libérer la parole de votre interlocuteur.

Si vous pensez qu’il est trop difficile de demander directement à la personne concernée, vous pouvez envisager d’approcher le ou les collègues avec qui elle est la plus proche. Ces intermédiaires n’ont pas qu’un rôle de « transmetteurs » d’information. Si des actions sont entreprises, ils pourront se charger de leur organisation, de leur mise en œuvre et de leur coordination. Ainsi, la compassion est bel et bien réelle même si le contact direct est évité. C’est la meilleure approche à adopter lorsque votre collègue est confronté à un problème trop délicat à soulever en public (victime d’une violence conjugale par exemple).

N’ignorez pas vos inquiétudes et réagissez lorsque vous êtes préoccupé par l’état d’un collègue

Sentir et comprendre la détresse d’une autre personne s’accompagnent souvent d’une empathie. Celle-ci apparaît généralement si vous avez quelque chose en commun avec le collègue plongé dans un état de souffrance. En d’autres termes, peut-être que vous aviez rencontré les mêmes problèmes que lui auparavant ce qui explique cette empathie qui vous envahit.

Un jour, des étudiants ont tout perdu au cours d’un incendie. Leur université a alors pris des mesures pour qu’ils puissent se relever après cette tragédie. Parmi les membres du corps professoral qui se sont investis dans l’opération, le plus efficace et le plus dynamique était un professeur qui avait également été victime d’un incendie par le passé. Grâce à son expérience, il est parvenu, avec beaucoup d’aisance, à trouver et à récolter des aides (décaissement de fonds d’urgence, collecte de nouveaux vêtements, dons d’ordinateurs, mise à disposition de nouveaux logements).

Il arrive aussi que l’empathie soit naturellement présente en vous. Dans ce cas, fiez-vous à votre personnalité empathique et n’ayez pas peur de vous préoccuper, de vous soucier des collègues en plein désarroi. Ce trait de caractère vous donnera les motivations nécessaires pour apporter votre soutien à ceux qui ont en besoin, voire, pour organiser et coordonner des opérations de solidarité.

Laissez exprimer votre créativité pour montrer votre compassion

Oubliez les formules classiques, qui, à force d’être utilisées, se sont vidées de leurs sens profonds. Par exemple, si vous constatez que votre collègue a du mal à se concentrer, déchargez-le d’une tâche difficile et urgence en lui proposant de la faire à sa place. Ou encore, faites-lui don de vos RTT pour qu’il puisse se reposer ou régler ses problèmes sans avoir, dans le même temps, à se rendre au bureau.

L’existence d’une relation amicale entre les collaborateurs d’une entreprise et la compassion qu’ils éprouvent les uns à l’égard des autres augmentent leur créativité, accroissent leur endurance et stimulent leur engagement dans le travail. Il est tentant d’ignorer la détresse du personnel, la souffrance des collègues et de prétendre qu’elles n’ont pas leur place dans les bureaux.  Mais que vous le veuillez ou non, tôt ou tard, vous serez confronté à un collègue en train de vivre une expérience douloureuse. Le jour où cela arrivera, remémorez-vous que la réaction la plus judicieuse est de faire preuve de compassion à son endroit.

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